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La personne vulnérable, trésor d'humanité

publié le 10 avr. 2010 à 10:04 par Jean Michel   [ mis à jour : 14 mai 2010 à 23:53 ]


  La personne vulnérable, trésor d'humanité :

" Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et accompagnateur de l’Arche Internationale, et Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes et accompagnateur de l’Arche en France réagissent ci-dessous à l'avis n° 107 du Comité consultatif national d’éthique et au projet de loi sur l’euthanasie.

Mgr d'Ornellas et Mgr James 23/11/2009

Quelle est notre attitude à l’égard des personnes les plus vulnérables ? La question se pose devant les deux propositions, du Comité Consultatif National d’Ethique et d’une loi sur l’euthanasie. D’une part, on étendrait la détection aux embryons humains atteints de la trisomie 21 pour ne pas les réimplanter dans le corps de la femme. D’autre part, on ouvrirait la voie à la suppression de personnes désirant ne plus vivre par une « aide active à mourir ». Ces deux propositions semblent s’appuyer sur une vision tronquée de la liberté. Actuellement, la sélection eugéniste et l’euthanasie sont interdites. Ces interdictions manifestent le respect de la dignité humaine intangible.

Les situations de handicap et de vieillesse sont complexes, souvent douloureuses, et ne se résolvent pas par des solutions simplistes. Elles font appel à la solidarité et cet appel est parfois un cri. Les citoyens l’ont entendu lors des Etats Généraux de la bioéthique en écrivant : « la maladie et le handicap n’altèrent pas l’humanité. » Reconnaître la dignité humaine des plus vulnérables passe par les interdits de l’eugénisme et de l’euthanasie. Il est indigne de l’homme et d’une société d’y consentir. Cela ne suffit pas. La dignité s’exprime aussi et surtout dans la solidarité effective.

Quelle est donc notre attitude devant nos frères et sœurs en humanité au début et en fin de leur vie ? Nous pensons à la générosité et au courage des parents accueillant leur enfant trisomique ou handicapé. Ouest-France vient de publier le témoignage de la mère d’un enfant trisomique. Nous pensons aussi à l’engagement d’éducateurs et de bénévoles auprès de personnes handicapées. Avec eux, nous sommes témoins de l’épreuve que celles-ci ont à porter, mais aussi du bonheur auquel chacune arrive par le chemin qui lui est propre. Nous reviennent aussi en mémoire les visages de personnes âgées qui, dans la diminution de leurs forces et parfois dans la maladie et le handicap, construisent jour après jour leur projet de vie. Nous pensons à celles et ceux travaillant à leur côté pour créer les espaces où chacune vivra à son rythme, trouvant ou retrouvant le bonheur de vivre. Nombre de leurs accompagnateurs s’inspirent de sainte Jeanne Jugan. Nous pensons aussi aux équipes médicales engagées dans les soins palliatifs qui sont à promouvoir.

Chaque personne vulnérable est un trésor d’humanité, pourvu qu’elle soit accueillie pour elle-même. La vulnérabilité fait peut-être peur. Elle sollicite tant de ressources d’humanité ! Les personnes vulnérables ont besoin de relations emplies de respect, d’écoute, de patience, de temps, etc. Devant l’impuissance ressentie, certains proposent de les supprimer. N’est-ce pas une insulte à leurs parents et aux personnes engagées auprès d’elles ? Si ces suppressions devenaient légales, ne remettraient-elles pas en cause le principe de solidarité qui fait vivre nos communautés humaines ?

Face à ces propositions, comme une insurrection silencieuse et éloquente, se dresse l’action ample, humble et fidèle de ceux et celles qui aiment les personnes handicapées ou âgées, et dont l’amour ne se paye pas de mot. Leur solidarité n’est pas une théorie. Elle exprime le sursaut de la dignité humaine consciente d’elle-même. Elle manifeste l’authentique compassion, ingénieuse pour ouvrir les chemins de vie adaptés à chacun. Elle est une force qui se propose à ceux qui blessent leur propre dignité en blessant l’humanité. Puissent ceux-là écouter cette force amie, si vive en notre société, et l’encourager."

+ Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, accompagnateur de l’Arche* Internationale

+ Mgr Jean-Paul James, évêque de Nantes, accompagnateur de l’Arche* en France

  • L’Arche, fondée par Jean Vanier en 1964 en France, accueille des personnes handicapées adultes. 135 Communautés sont réparties dans le monde dont 26 en France.

Qu'est-ce qu'un pèlerinage ? par le Cardinal Lustiger

publié le 10 avr. 2010 à 09:59 par Jean Michel   [ mis à jour : 14 mai 2010 à 23:53 ]

Cardinal Jean-Marie Lustiger

Le mot est susceptible de prendre bien des sens : on peut faire un pèlerinage sur un champ de bataille, sur un lieu où s'est produit un événement important, ou bien à une maison familiale, à un endroit auquel on est attaché par une expérience personnelle.
Est-ce de cela qu'il s'agit quand nous nous rendons en pèlerinage en Terre Sainte ? En un sens oui, dans la mesure où les lieux eux-mêmes sont l'objet d'une étude qui permet de les identifier et de dire avec certitude, à plus de vingt siècles de distance : voilà des traces précises d'une ville, d'un site, d'un toponyme dont nous parlent les Ecritures. Oui, car nous pouvons confronter la Parole de Dieu écrite et transmise dans la Bible avec ce que le paysage "dit " aujourd'hui.
Mais une telle confrontation n'est pas du même ordre que la démarche de pèlerinage sur un simple lieu historique. Pourquoi ? Parce que la Parole de Dieu n'est pas un livre d'histoire antique, au même titre que la Guerre des Gaules, le De bello gallico de César, que nous aurions à la main en cherchant indéfiniment Alésia jusqu'à la découverte du casque de Vercingétorix. 

La Parole de Dieu est notre nourriture quotidienne, pour ceux d'entre nous qui croient et prient, sans exclure pour autant ceux qui n'ont pas la foi. En disant ce que nous vivons, nous ne faisons qu'un avec eux : ils prendront durant ce pèlerinage ce que Dieu leur donnera le goût de prendre. Cette Parole, nous la méditons. Pas seulement comme on relit un texte intéressant car Dieu lui-même nous parle dans cette Parole. Bien sûr, elle n'est pas une parole magique comme la traitaient ces anciennes traditions rurales, où l'on roulait de petits fragments de l'Evangile de St Jean, après les avoir bénis : on les mettait dans les étables pour guérir les bœufs ! La Parole de Dieu agit dans nos cœurs par la foi. Elle nous dit ce que Dieu veut nous dire, à travers les merveilles qu'il a faites et continue de faire pour nous quand nous nous ouvrons à sa Parole.

Lorsque nous allons en pèlerinage en Terre Sainte, une autre dimension intervient : non plus celle du temps, mais celle de l’espace, puisque nous retrouvons l’assise matérielle des lieux où se sont accomplis les événements fondateurs par lesquels Dieu a manifesté sa Parole. Or l’espace est aussi fragile, sinon plus, que la parole et la mémoire humaines ! La preuve, tout change : on détruit pour construire des routes ; incendies, ravages de toutes sortes sévissent et beaucoup de vestiges sont perdus, parfois retrouvés ; et le travail scientifique consiste à avancer et vérifier des hypothèses. Mais, une fois qu’on a pu restituer les lieux : "c’était là, ce n’était pas là ; c’est beau ! " que reste-t-il ? On ne visite pas la Terre Sainte comme un champ de bataille ! Nous ne pouvons comprendre ces lieux que si, en même temps, nous écoutons la Parole de Dieu nous dire les événements dont ils sont le rappel, le point d’ancrage. La lecture de la Parole de Dieu n’est ni un récit d’historien, ni la mémoire d’un grimoire. Cette Parole agit, et bien plus Jésus, Parole de Dieu, Christ-Messie qui nous parle, est présent lui-même. Grâce à lui, nous sommes chrétiens et nous sommes en lui lorsque nous célébrons l’Eucharistie. Sa présence nous est donnée dans cet instant, en un lieu où non seulement son temps devient le nôtre, mais notre temps le sien, à lui, Jésus, né à Bethléem de Judée, mort sous Ponce Pilate. Le temps de son histoire est attesté par les lieux de son histoire. Et ce lieu prend une toute autre signification dès lors que nous-mêmes, par notre foi et notre prière en Eglise, manifestons l’acte accompli par Jésus et que nous en recevons la grâce par notre adhésion et notre communion.

Notre pèlerinage aux lieux saints doit nous permettre de vérifier, par la confrontation du réel d’aujourd’hui et du réel de l’histoire, que nous ne sommes ni devant un mythe, ni devant un imaginaire trompeur, mais bien devant la réalité humaine que vient transfigurer la Parole de Dieu brûlante et vive, la Parole faite chair. Sur la Terre où Dieu s’est livré et révélé, il nous fait la grâce de se donner à nouveau à nous par le mystère de son Eglise, Corps de son fils. 

Cardinal Jean-Marie LUSTIGER, à l’occasion du Pèlerinage de Paris en Terre Sainte en l’an 2000. In "Comme Dieu vous aime " Editions Parole et Silence - 2001.

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