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Article du journal "La Croix" sur le DAF

publié le 9 sept. 2017 à 23:21 par Jean Michel

Quelle est la spécificité du diocèse aux armées françaises ?

Diocèse non territorial, la juridiction du diocèse aux armées françaises (Daf) s’étend partout où se trouvent des militaires français, leur famille, et des ressortissants civils du ministère de la défense. Elle s’étend donc de la métropole à l’outre-mer, en passant par les théâtres d’opérations extérieures dans lesquelles l’armée française est engagée. L’évêque aux armées, nommé par le pape, est également aumônier en chef du culte catholique. Sa nomination se fait donc après consultation du gouvernement français. « Le diocèse aux armées est une réalité ecclésiale, alors que l’aumônerie en chef du culte catholique est une réalité administrative », précise le père Pierre Fresson, vicaire général du diocèse.

Les fidèles du diocèse sont les militaires et leur famille, ainsi que les personnels civils de la défense, mais aussi les réservistes lorsqu’ils sont en situation d’activité, ce qui représente en tout un million de personnes. « Il s’agit d’une juridiction cumulative, c’est-à-dire que les fidèles peuvent aussi bien faire appel à leur diocèse territorial que militaire », ajoute le père Fresson.

En métropole, les familles de militaires sont ainsi souvent insérées dans une paroisse locale. En outre-mer, il arrive en revanche que l’aumônerie militaire ait un fonctionnement quasiment paroissial, proposant catéchisme et sacrements aux familles.

Le diocèse aux armées a été érigé en 1986 par Jean-Paul II, par la constitution apostolique Spirituali militum curae transformant juridiquement les vicariats militaires en ordinariats militaires. « Fils de militaire, Jean-Paul II était attentif au monde de l’armée », souligne le père Fresson. Un changement de statut canonique qui « a permis de s’acheminer par étapes successives vers une mentalité et une pratique qui s’apparentent à celles de n’importe quel diocèse »selon Mgr Robert Poinard, ancien vicaire général du Daf (1). Auparavant, le « vicariat était en fait l’addition de quatre ordinariats puisque chaque armée était dirigée par un vicaire général qui était comme une sorte de “patron” de son aumônerie. (…) Chaque aumônerie fonctionnait isolément et chaque aumônier individuellement ». Les aumôniers ont depuis appris à « travailler en équipe » et« associer davantage diacres et laïcs à l’apostolat ».

De quelles structures dispose-t-il ?

Comme tout diocèse, le Daf possède une cathédrale, siège de l’évêque, qui est la cathédrale Saint-Louis des Invalides, à Paris.

Il dispose également, depuis 2015 seulement, d’une maison diocésaine, la maison Saint-Louis, voulue par Mgr Luc Ravel, prédécesseur de Mgr de Romanet. Celle-ci se trouve dans le VIe arrondissement de Paris, juste à côté de l’aumônerie militaire en chef. Un séminaire a également été fondé le 1erseptembre 2014. Avant cette date, les séminaristes du Daf, futurs aumôniers militaires, étaient formés par différents séminaires, dont celui de la Castille à Toulon. Le diocèse aux armées compte aujourd’hui sept séminaristes, qui suivent les cours à l’École Cathédrale du diocèse de Paris.

Événement phare du Daf, le pèlerinage militaire international a lieu chaque année au mois de mai à Lourdes. S’il réunit les aumôneries militaires de dizaines de pays, il est pour le diocèse français l’occasion de se réunir. C’est à ce moment-là qu’ont lieu les baptêmes et confirmations d’adultes, alors que ces sacrements sont en général donnés lors de la vigile pascale dans les autres diocèses. « C’est toujours un moment très émouvant que ces baptêmes, raconte le père Fresson. Ils sont donnés à des enfants de militaires comme à des officiers supérieurs, en passant par les élèves de lycées militaires. »

Quel est le statut de l’évêque aux armées ?

L’évêque du diocèse aux armées « a les mêmes droits et devoirs que les évêques diocésains compte tenu des particularités de sa mission », précisent les statuts canoniques du Daf, publiés en 2012. Il fait donc partie de la conférence épiscopale française au même titre que les évêques diocésains. Il fait également partie de la province ecclésiastique de Paris.

Sur le plan militaire, son statut est déterminé par un décret du 16 mars 2005. En tant qu’aumônier en chef du culte catholique, il est placé auprès de l’état-major des armées, et est assisté de quatre aumôniers en chef adjoints (un par armée : terre, air, mer et gendarmerie). Ceux-ci ont, sur le plan ecclésial, le statut de vicaires épiscopaux.

Il est également représenté par un aumônier régional dans chaque zone de défense.

Qui sont les aumôniers militaires ?

Le Daf compte 220 aumôniers qui ont des statuts différents. Certains sont militaires, d’autres réservistes, d’autres encore sont civils. Certains sont bénévoles, quand les autres, militaires, perçoivent une solde (équivalente à celle d’un officier en début de carrière). La nomination ecclésiastique des aumôniers militaires est faite par l’évêque aux armées.

130 aumôniers sont prêtres, les autres sont diacres, ou laïcs (y compris des femmes).

L’aumônier n’a ni grade ni rang dans la hiérarchie militaire. « Il est du grade de la personne à laquelle il parle, soldat du rang comme officier supérieur », précise le père Fresson. Pour accompagner les militaires en opération extérieure (au Mali, en Centrafrique…), ce sont principalement des aumôniers prêtres qui sont envoyés pour pouvoir célébrer la messe pour les militaires. « La présence des aumôniers en garnison, qui assument la base arrière auprès des familles, très sollicitées en ce moment avec l’opération Sentinelle, est aussi importante », ajoute le vicaire général.

Les aumôniers laïcs peuvent « dans certains cas en l’absence de prêtres ou de diacre et par délégation spéciale de l’évêque » baptiser, marier, présider des funérailles, selon le site Internet du Daf.

Pour entrer au séminaire du diocèse aux armées, un « attrait pour le monde militaire », ainsi qu’un « sens missionnaire » sont nécessaires, explique le père Fresson. « Nous sommes confrontés à une population qui n’est pas spontanément acquise, explique-t-il. 80 % des personnes que nous rencontrons dans la journée ne sont pas « cathos ». Cela nous demande une démarche d’inculturation. Il nous faut nous impliquer, vivre avec les militaires, dormir comme eux sur des lits picots… Il faut être un peu rustique ! »

S’adressant aux aumôniers militaires, le 26 octobre 2015, le pape François déclarait : « Votre mission d’accompagnement spirituel des membres des forces armées et de leurs familles, peut contribuer à prévenir les violations du droit humanitaire, dans le but de réduire la douleur et les souffrances que la guerre provoque toujours, chez ceux qui la subissent, bien entendu, mais aussi chez ceux qui la combattent. (…) Le rôle de l’aumônier militaire est celui de les accompagner et de les soutenir sur leur chemin, étant pour tous une présence réconfortante et fraternelle… »

Clémence Houdaille
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