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Le PMI approche ! Appel à la méditation

publié le 4 mai 2010 à 09:00 par Jean Michel
Avant de rejoindre Lourdes… 
petite méditation en vue du Pèlerinage Militaire International

 Quelle est la grâce de Lourdes ? Quel est son « mystère », qui en fait un haut lieu d’Eglise et un haut lieu d’humanité ? Voici ce que je souhaite faire entrevoir à mes jeunes pèlerins. Comme chaque année, sitôt arrivé à Lourdes, je les conduirai à la grotte...

Nous prendrons un peu de recul, peut-être assis sur l’autre rive du Gave, et je dirai aux élèves polytechniciens : « Regardez bien. » Regardez cette longue procession d’hommes et de femmes, « de toutes races, langues et nations », qui marchent en file indienne vers le fond de la grotte. Quelle curieuse façon ont-ils de se coller ainsi à la muraille et d’en frotter la pierre humide avec les mains ! Pourquoi un geste aussi archaïque, un geste aussi… terreux ?

Quelques instants de silence. Regarder le geste, ample ou retenu ; deviner les murmures. Entrer en consonance avec une telle humilité. Partager la prière de ces frères chrétiens (et l’on compte parmi eux des hindous). Gens de tous âges et toutes conditions, ils progressent lentement vers le fond, en se baissant peu à peu jusqu’à la source qui les attend. Ils se collent à la paroi comme on touche le fond de son cœur. Oui, c’est cela : ils sont en marche vers le fond de leur cœur.

Terreux, ils le sont, de la race d’Adam. Au temps des Apparitions, ce coin reculé de la grotte s’appelait « la tutte aux cochons ». Bernadette a plongé la main dans les eaux boueuses, elle s’en est barbouillé le visage, et l’eau devint une source claire. Aujourd’hui, pèlerin de Lourdes, je rejoins mon cœur, avec sa tourbe et ses complexités ; et tout au fond, dans le cœur de mon cœur, m’attend une eau vivifiante, une parole de salut.

Deux textes d’évangile seront peut-être bienvenus. Le premier se trouve chez St Luc (Lc 5,1-11) : « Seigneur, éloigne-toi de moi, je suis un homme pécheur ! » C’est Pierre qui s’exclame ainsi, du fond de sa barque, confus d’être si misérable devant le Maître dont la parole vient de faire jaillir la vie à profusion. Mon bon Pierre, doit penser Jésus (avec un sourire), comment veux-tu que je m’éloigne de toi ? Je suis monté dans ton bateau. Je t’ai conduit au large, au milieu des eaux stériles qui étaient celles de ta nuit. Ton cœur de chair, je le connais. Je t’y ai reconduit. Je le prends comme il est, j’y introduirai ma Parole, et à partir de là… « Sois sans crainte, je ferai de toi un pécheur d’hommes ».

Le deuxième texte, je le choisis chez St Marc (Mc 2,1-12). Quatre hommes, en passant à grands efforts par le toit, plongent leur ami paralytique au milieu de la parole de Jésus. Comment ne pas évoquer ce texte à Lourdes, où une telle solidarité s’engage autour des malades pour les porter au Christ ! Jésus, manifestement, est saisi par la beauté du geste. On dirait qu’un mot lui jaillit des lèvres, presque de force, comme s’il ne pouvait retenir le meilleur de lui-même : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » Etonnements. Murmures. Ah oui, le reste…, guérir le corps blessé…, oui bien sûr, si vous voulez. Allez, « prends ton brancard et rentre chez toi. » Mais était-ce le plus nécessaire ? Est-ce là – semble-dire Jésus – la raison première pour laquelle je suis venu ? La guérison du corps suffit-elle à dire le fond du cœur de Dieu ? Dit-elle jusqu’où va sa miséricorde, son cœur pour la misère humaine ?

Le voilà, le mystère de Lourdes. La Vierge Marie nous invite à rejoindre notre humanité blessée, tous ensemble, dans une solidarité de communion. Chacun plongera son cœur dans la miséricorde divine, afin qu’y jaillisse une source vive, celle qui console et qui fait du bien. Et nous y puiserons notre fécondité.

 

Miguel Roland-Gosselin s.j.

Aumônier de l’Ecole Polytechnique

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